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Une attitude contemporaine revendiquée : Chapelle International — Lot F, par Charles Pictet Architectes Associés & Atelier Martel

Ensemble immobilier mixte Lot F Chapelle International © réalisation Absolt coordonnée par jigsaw

Aujourd’hui on explore les particularités et partis pris d’une architecture réfléchie en duo pour la RIVP – par l’équipe mandataire Charles Pictet Architectes Associés à Genève et les architectes associés Atelier Martel à Paris – la mixité d’usages d’un bâtiment où habitat et activités s’imbriquent, dans le souci d’une interconnexion optimale à l’aménagement de l’ancien site ferroviaire par le bureau d’urbanisme AUC incarné par Djamel Klouche. L’aménageur du quartier est Espaces Ferroviaires & le Maître d’ouvrage est la Régie Immobilière de la Ville de Paris.
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Perspective du Lot F Chapelle International © Thomas Mansy – Absolt

Quelle est la particularité et qu’est-ce qui a permis à ce projet d’urbanisme de se démarquer des autres ? 

Djamel Klouche, AUC – urbaniste : « Ce projet s’inscrit dans la face nord de Paris, ce n’est pas neutre, c’est une face spécifique située le long du faisceau ferré Nord, proche aussi du faisceau ferré Est, dans une sorte de territoire étranglée entres les deux faisceaux. C’est un endroit également très identitaire car, en réalité, tous les habitants du quartier sont des anciens cheminots fortement marqués par cette culture du rail. Au départ, dans le cahier des charges du concours, on mettait les bureaux sur cette halle Fret pour fermer le quartier par rapport aux bruits et nuisances du train, et globalement les logements étaient plutôt horizontaux, et pas très hauts.
Nous, quand nous avons répondu au concours, nous avons pris des risques : plutôt ouvrir l’horizon, notamment sur Montmartre, créer des bâtiments qui montent, qui dessinent des connivences avec les bâtiments préexistants, dans un territoire parisien mais presque de la première couronne, en créant une connexion avec le proche mais aussi le lointain. En effet, d’ici on peut voir le Stade de France, la Cathédrale de Saint-Denis, le nouveau Tribunal de Grande Instance, la Défense, la Tour Eiffel… Notre enjeu était d’offrir aux habitants une véritable mise en relation avec la grande échelle de la ville. » 

Vue du bâtiment abritant les logements et SOHO – Lot F Chapelle International © Thomas Mansy – Absolt 

Comment expliquer ce choix architectural très sobre dans un nouveau quartier à l’esthétique plus contemporaine ?

Charles Pictet, Charles Pictet Architectes Associés – architecte mandataire : « La question de l’esthétique en architecture est très relative. Ici, nous sommes dans un quartier en cours de constitution, et finalement l’expression – plutôt qu’esthétique – du bâtiment est celle d’un bâtiment qui essaye de se glisser de la manière la plus simple possible dans son langage par rapport aux intentions de l’AUC, pour l’urbanisme du quartier. Le bâtiment utilise un langage, une certaine forme de continuité urbaine, il ne cherche pas à s’identifier d’une manière forte. Je pense que la question de la contemporanéité n’est pas liée à la forme, elle est liée à l’intention du projet, et à ce titre c’est un projet qui est très contemporain. C’est justement ce parti pris, d’une forme de pérennité des éléments mis en oeuvre, qui est contemporain. Nous avons l’enjeu aujourd’hui de construire des quartiers neufs, et c’est la cohérence avec les intentions de l’urbaniste, l’habitabilité, la pérennité dans le temps, une certaine dignité, qui constitue une attitude que nous revendiquons comme une attitude contemporaine, et le langage qui l’accompagne. » 

La loggia, 5ième étage – Lot F Chapelle International © Thomas Mansy – Absolt

Quelle partie de ce projet est pour vous la plus pertinente ? 

Laurent Noël, Atelier Martel – Architectes associés : « Un des principaux intérêts du projet réside dans la création d’un espace non programmé au cinquième étage, une loggia collective, qui est un lieu partagé. Cela permet de définir un nouveau rôle social à l’architecture et de créer du lien social. Nous nous trouvons sur un bâtiment de 160 logements sociaux, avec l’impossibilité de créer au sol une cour, donc nous avons délibérément trouvé cet espace au cinquième étage en comprimant les plans, pour libérer 2 niveaux complets.La RIVP et la Mairie du 18ème vont programmer des activités pour que les habitants de la tour puissent occuper ce lieu. » 

Un lot connecté à un nouveau quartier pour une mixité d’occupation – Lot F Chapelle International © Thomas Mansy – Absolt

Qu’est ce que Chapelle International ? 

Projet parisien ancré dans une géographie plus large, celle du Grand Paris, Chapelle International désigne un nouveau territoire dans le 18e arrondissement, qui prend tout son sens avec le développement de Saint Denis et d’Aubervilliers. Lancé en 2009, ce projet de ville d’une grande complexité prend place sur une emprise SNCF de 7 hectares, et répond à une nécessité d’innovation. Requérant une haute technicité de la conception à la réalisation, le cahier des charges rigoureux a été établi par les urbanistes de l’AUC, en particulier Caroline Poulin et Djamel Klouche. Chapelle International répond à plusieurs enjeux comme celui de concilier un terminal ferroviaire en activité (relancé dans le contexte du plan climat à Paris) avec un quartier vivant où les habitations croisent commerces et bureaux suivant la logique des SOHO (Small Office Home Office). À l’échelle d’un quartier, il s’agit de raccorder un espace enclavé à la ville et à la périphérie, d’introduire des espaces publics dans un voisinage fortement marqué par les infrastructures de la gare du Nord et de l’Est. L’AUC a eu à cœur de montrer que fabriquer une ville à l’heure du développement durable, c’est aussi répondre à des enjeux sociaux. Les urbanistes ont défendu pour les usagers une politique de mixité et de cohésion sociale dans un Paris qui subit des pressions économiques et sociales toujours plus fortes.

Charles Pictet © Charles Pictet Architectes Associés

Qui est Charles Pictet ?

Le Bureau Charles Pictet Architectes Associés FAS SIA a été créé en 2002 et a réalisé un ensemble d’objets principalement situés en Suisse. Engagée culturellement, la pratique de l’architecture du bureau se décline sous plusieurs angles : constructions de villas contemporaines, immeubles de logements, transformations et rénovations de biens patrimoniaux. Le bureau répond à des commandes privées et participe à de nombreux concours, désireux d’amener une réflexion pertinente à différentes échelles.

De nombreuses réalisations du bureau ont été distinguées par des prix d’architecture en Suisse. La Distinction Vaudoise d’Architecture (2000), Der Beste Umbau (2008 et 2014), la Distinction Romande d’Architecture (2010 et 2014), le Prix Hochparterre (2011) et Das Beste Einfamilienhaus (2016).

Laurent Noël, Marc Chassin & Stéphane Cachat © Atelier Martel

Qui est Atelier Martel ?

Atelier Martel est né en 2009 dans la rue éponyme du 10e arrondissement de Paris. Les architectes Marc Chassin, Stéphane Cachat et Laurent Noël décident de s’y regrouper au sein d’une même entité et de participer à l’élaboration de projets communs sous le nom Atelier Martel.

Basant sa pratique sur une idée de production collective et interdisciplinaire, Atelier Martel définit sa production à travers son engagement dans la dimension sociale de l’architecture et sa capacité d’expression artistique et culturelle.

Travaillant en étroite collaboration avec des artistes, Atelier Martel propose une vision contemporaine de l’œuvre totale où art, territoire et architecture sont réunis dans un ensemble indissociable. Atelier Martel prête également ses murs à des artistes, qui investissent l’atelier pour une durée de trois mois.

Les bâtiments produits par l’atelier se réfèrent à des récits d’autres constructions dont les détails inattendus ou perdus au fil du temps sont une invitation à tirer le fil de l’histoire et à le retisser dans une évocation contemporaine et locale. Cette sensibilité pour certaines constructions anciennes témoigne d’une double vision du développement durable : pouvoir donner une nouvelle vie aux bâtiments hérités, et savoir puiser dans le vaste répertoire des formes anciennes