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L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV) avec Ismail Alaoui Fdili

Ici sont explorés, un métier peu commun et surprenant, une université fictive qui s’exporte à l’international, et une réflexion sur l’art teintée d’un humour décalé, à travers des extraits du live Instagram d’Ismail Alaoui Fdili avec les Ateliers Médicis, autour de son œuvre L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV) présentée dans le cadre de L’Autre·expo, produite par les Ateliers Médicis. Pour l’Autre·expo, l’artiste Ismail Alaoui Fdili active une œuvre dédiée à l’exercice du métier socialement déconsidéré de gardiens de voitures. Il lance l’ouverture d’une antenne de la première Université internationale de gardiennage de voitures (UIGV) sur le web. Après Marrakech, l’UIGV ouvre une antenne en France, à Clichy-sous-Bois. L’artiste marocain Ismail Alaoui Fdili développe un travail de création qui engage différentes formes telles que la sculpture, la photographie, la performance et le film. À travers ses créations, il s’intéresse à la marge et aux personnes vivant dans l’interstice, entre inclusion et exclusion sociale.

🖥  Explorer L’Université internationale de gardiennage de voitures (UIGV), d’Ismail Alaoui Fdili : ICI
👥  En partenariat avec Artagon, les Ateliers Médicis et Kourtrajmé

Capture d’écran de la vidéo de présentation de L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV)​ © Ismail Alaoui Fdili

Créer une université par le biais de l’humour et de la fiction est aussi un moyen de capter l’attention.

Ismail Alaoui Fdili
Capture d’écran de la vidéo de présentation de L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV)​ © Ismail Alaoui Fdili

« L’idée qu’une cabane de gardien de voitures fasse office de logo officiel de l’université me plaisait »

Ismail Alaoui Fdili — L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV) est la première université internationale marocaine qui s’exporte à l’étranger et qui propose à des étudiants de toutes origines, une formation unique, pour devenir gardien de voiture. L’UIGV propose une formation de trois ans pour acquérir les compétences nécessaires pour devenir officiellement gardien de voiture.

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En 2018, pendant une résidence dans un artist run space à Marrakech, j’ai proposé à un chorégraphe de faire un stage d’une semaine avec un gardien de voitures. L’idée était de retranscrire ses apprentissages dans un langage chorégraphique. Après cette semaine de formation, j’ai recueilli ses observations, et avec deux amis graphistes, Timothée Villemur et Marine Montagné, on a décidé d’en faire un manuel : le manuel du gardien de voitures. Puis, à l’occasion d’une exposition à Marrakech en 2019, j’ai acheté une cabane de gardien que j’ai installée dans l’artist run space où la résidence avait été organisée. L’idée qu’une cabane de gardien de voitures fasse office de logo officiel de l’université me plaisait. Par la suite, l’université s’est exportée à Clichy-sous-Bois où j’ai pu travailler, lorsque j’étais étudiant à l’école Kourtrajmé. C’est une ville qui se prête plutôt bien au projet, et comme les Ateliers Médicis ont décidé d’incuber ce projet, on s’est dit que c’était l’endroit parfait pour le faire. 

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Capture d’écran de la vidéo de présentation de L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV)​ © Ismail Alaoui Fdili

« Créer une université internationale qui permette soit d’être chômeur, soit d’avoir un visa pour faire ses études à l’étranger »

Ismail Alaoui Fdili — Le métier de gardien de voitures est assez particulier au Maroc, puisqu’il existe un statut officiel ou semi-officiel, tout en étant sujet à énormément de magouilles pour exercer ce métier. Les places dans les rues sont contrôlées par un certain nombre de personnes « obscures » si on veut, qui peuvent placer leurs gardiens, et où les gardiens reçoivent parfois des salaires quotidiens pour pouvoir travailler. Dans une volonté de transparence absolue, je me suis dis que cela pouvait être intéressant d’enseigner ce savoir-faire. 

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Ce qui m’intéressait aussi, c’était de parler de la privatisation de l’enseignement dans des pays comme le Maroc, où il existe énormément d’universités internationales de toutes origines, qu’elles soient belges, canadiennes, islandaises… qui proposent des formations privées onéreuses. Il y a tellement d’universités canadiennes au Maroc qu’on ne pourrait plus les compter ! Je ne dirais pas que ce sont des usines à chômeurs, mais il existe au Maroc un problème lié au chômage des diplômés. J’ai voulu pousser la réflexion plus loin en créant une université internationale qui permette soit d’être chômeur, soit d’avoir un visa pour faire ses études à l’étranger. Sur le site de l’UIGV, on a le témoignage d’un étudiant qui a commencé ses études à Marrakech et qui a pu obtenir un visa pour venir continuer ses études à Clichy-sous-Bois. Le gardiennage de voitures était finalement un prétexte pour aborder certains de ces problèmes. 

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Capture d’écran de la vidéo de présentation de L’Université Internationale de Gardiennage de Voitures (UIGV)​ © Ismail Alaoui Fdili

« Ce qui m’intéresse c’est de créer un échange avec des gens qui a priori sont peu exposés à l’art »

Ismail Alaoui Fdili —Cela fait un moment que je m’intéresse au métier de gardien de voitures, mais aussi à d’autres travailleurs comme les chiffoniers. J’avais par exemple accueilli Paul Calmettes, un ami sculpteur et photographe, en résidence à Casablanca, où nous avons décidé de faire des sculptures pour gardiens de voitures. Au Maroc, il y a des plots anti-stationnements qui consistent en des pneus dans lesquels on verse un peu de béton et où l’on plante un bâton. Ces objets ont une valeur sculpturale et on s’amusait à les photographier. On a voulu prendre le problème à l’envers et créer des sculptures identifiables en tant que telles et les proposer à des gardiens de voitures, avec comme contrainte de ne pas les faire à plus de dix dirhams (un euro). Pendant une semaine on les a fabriquées, et en voiture à travers Casablanca, à chaque fois qu’on voyait un gardien de voitures, on leur demandait de choisir leur sculpture. Une carte en ligne recense toutes les sculptures qu’on avait réalisées.À travers ces projets, ce qui m’intéresse c’est de créer un échange avec des gens qui a priori sont peu exposés à l’art, et vont avoir moins tendance à aller vers ce genre de sujets. 

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📱  Live Instagram avec Ismail Alaoui Fdili, à retrouver en intégralité : ICI

Ismail Alaoui Fdili © DR

Qui est Ismail Alaoui Fdili ?

Ismail Alaoui Fdili est un artiste Marocain né en 1992 à Casablanca. Depuis 2018, il vit à Saint-Denis. Diplômé des écoles des beaux arts de Toulouse et de Cergy, il explore la création et la direction artistique avant de rejoindre, en 2020, l’école Kourtrajmé, section réalisation, sous la direction de Ladj Ly. Son travail s’intéresse à la marge et aux personnes vivant dans l’interstice entre inclusion et exclusion sociale. Ses terrains sont les déchèteries ou les parkings et il dialogue avec des personnes dans l’exercice de métiers socialement déconsidérés et dévalués tels que les chiffonniers, les gardiens de voitures et les guetteurs. La pratique d’Ismail Alaoui Fdili engage différentes formes telles que la sculpture, la photographie, la performance et le film.

Quantum Mecanic © Josèfa Ntjam

Qu’est-ce que L’Autre·expo ?

Avec L’Autre·expo, les Ateliers Médicis proposent une carte blanche à des artistes pour explorer et expérimenter des points de vue, des regards, dans l’univers du web. Une série de commandes d’œuvres inédites sont partagées sur ateliersmedicis.fr, sur les écrans, et diffusées durant quelques jours. 

Dans le contexte mondial de l’art et de la circulation des données et des communications, la tension ne cesse de grandir entre une augmentation de la diffusion des œuvres et une perte de valeur de ces œuvres ou l’effondrement même des moyens de production pour y parvenir. Les Ateliers Médicis, lieu de résidence, principalement dédié à la recherche et à la création, in situ dans la relation et l’expérience directe, poursuivent leur soutien aux artistes et à l’expérimentation d’accès diversifiés et démultipliés à la création artistique. La commande s’adresse à des artistes du monde entier évoluant dans le champ des arts visuels et de l’art contemporain. Ils sont choisis par les Ateliers Médicis et leurs partenaires y compris internationaux. 

L’Autre·expo a été inauguré en avril 2020, et a permis la création, à ce jour, de 5 œuvres inédites :
—  Quantum Mecanic, de Josèfa Ntjam
—  It’s you (…), de Julien Creuzet
—  Allocution entre deux stations, de Neïl Beloufa
—  Des murs dans l’eau, momentané 1, de Camille Juthier
—  ouverture de l’antenne à Clichy-sous-Bois de L’Université internationale de gardiennage de voitures (UIGV), de Ismail Alaoui Fdili 

👉🏻  La prochaine carte blanche de L’Autre·expo sera donnée à Raphaël Faon
🖥  Découvrir les œuvres de L’Autre·expo : ICI