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Un moment de bascule imperceptible : du jour vers la nuit avec Hee Won Lee

Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

Exploration autour des histoires personnelles entre réalité et paranormal avec le film « Phone tapping » de Hee Won Lee, intégré au programme Le Fresnoy | Open Canal. 

Ce film résonne assez avec la situation étrange que nous partagons actuellement.

Pascale Pronnier, responsable des expositions au Fresnoy – Studio national.
Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

« En tout cas ce qui s’est passé ce jour-là, j’y étais. Il y avait quelque chose d’étrange »
Extraits

Je ne l’ai pas vue depuis quatre ans.

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J’étais chez mon grand frère ; je buvais, et tout à coup,

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En tout cas ce qui s’est passé ce jour-là, j’y étais. Il y avait quelque chose d’étrange.

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En revenant des toilettes, ma belle-soeur m’a appelée, alors, je lui ai répondu.

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Avec ma mère, on s’engueulait souvent, je ne m’entendais pas bien avec elle. En fait, on avait le même caractère, un peu dur, bref. Régulièrement, elle se plaignait de son sort ; « Quand vous étiez petits, je n’aurais pas dû faire ça, je regrette. C’est à cause de ça… » J’ai répondu : « C’est du passé, c’est fini, on n’a plus douze ans, il faut passer à autre chose. »

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Tu as vu quelque chose, ici ?

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C’est quelque chose que je déteste, je déteste ça. S’énerver tout le temps…

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Ma belle-soeur, elle a dit : « Ah oui… Je vois. ». Elle disait ça.

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Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

« Tu m’as rappelé un peu plus tard, je n’ai pas répondu, tu t’en souviens ? »

Ma mère avait fermé son club privé « Femmes Fatales. » Et elle avait ouvert un « bar » quelque chose d’extérieur. Soi-disant… Un bistrot nouveau, moderne, un truc à la mode, ultra-chic. C’est n’importe quoi… En tout cas c’était ma mère. Mais, tu sais, c’était une femme forte, très forte. Élever trois enfants toute seule, c’est une épreuve. En plus, elle devait gérer le club privé « Femmes Fatales. »

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Entre la chambre et les toilettes. Les deux enfants, ils faisaient des va-et-vient très rapides.

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En tout cas, ma mère, tu sais, elle travaillait la nuit. Ce jour-là, j’ai vu qu’elle avait préparé le dîner avant de partir. Quand je suis arrivé, c’était bizarre. J’avais pris la clé chez le concierge.

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Dans la petite chambre… Il y a des livres d’enfants et des jouets, ils sont là, et ils font des va-et-vient. Ils courent et jouent ; toujours des va-et-vient.

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J’ai mangé avec ma mère, et avant de partir, je t’ai dit au téléphone que je rentrais. Puis, tu m’as rappelé un peu plus tard, je n’ai pas répondu, tu t’en souviens ?

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J’ai su qu’elle était décédée, vu qu’elle ne répondait pas. Si c’était une maladie, elle m’aurait prévenu.

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Soit elle a pris un truc toxique, soit elle s’est jetée. En tout cas, elle était là, debout. J’ai ressenti ça.

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Ma belle-soeur aussi, elle me dit qu’elle voit ça.

Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

« Les fantômes existent. Peut-être, il y a longtemps. Aujourd’hui, je ne les vois pas aussi souvent qu’avant »

Tu sais pourquoi je ne t’ai pas répondu ? 

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C’était un suicide, non ? Mais je ne sais pas pourquoi… À ce moment là, elle est devenue folle, en discutant avec elle, j’ai vu dans ses yeux… 

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Tu as vu ça comment ? Quand tu l’as vu, elle était en face de toi ? Tu l’as sentie ?  

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Non, je ne sais pas, peut-être que c’était juste un sentiment. 

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Je ne crois pas à ce genre d’histoires. 

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Elle était possédée. Tu sais, j’ai ouvert un cercueil quand j’étais petit. Tu ne peux jamais me faire peur. « Si tu veux, vas-y ! » C’est ce que je lui ai dit. À mon avis, c’était une garce. Celle qui était en elle, une véritable garce. 

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Les fantômes existent. Peut-être, il y a longtemps. Aujourd’hui, je ne les vois pas aussi souvent qu’avant. 

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Il me semble qu’elle cherche un endroit où elle peut se mettre à l’aise.

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Ils vivent quelque part, clandestinement.

Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

Synopsis

Le film est construit à partir d’un moment de bascule imperceptible qui mène du jour vers la nuit, un instant fugace où ce qui a été n’est plus, où les choses peuvent revêtir une autre signification. Des voix guident le spectateur à travers la ville, tandis que la caméra semble en quête d’une parcelle de territoire, d’une concordance récit-image. La topographie du lieu s’avance et se construit en parallèle d’une autre topographie, elle, mentale, jusqu’à, peut-être, leur rencontre, quelque part ici, dans un nouvel espace psychique. Des histoires personnelles se livrent à travers la ville de Séoul, au spectateur de la suivre et de choisir le terrain d’interprétation : vérité, conte (urbain)… 

« Phone tapping » est une oeuvre de Hee Won Lee produite par Le Fresnoy – Studio national et présentée dans le cadre de l’exposition Panorama 11 en 2009. 

📺  « Phone tapping  » à (re)découvrir, jusqu’au 31 mai, dans le programme Open Canal du Fresnoy | Studio national : ICI

Phone tapping, 2009, Le Fresnoy – Studio national © Hee Won Lee

Le Fresnoy | Open Canal

Le Fresnoy – Studio national a lancé, dans le cadre du confinement, un nouveau programme : Le Fresnoy | Open Canal.

Open Canal a présenté chaque jour, pendant deux mois, une œuvre coup de coeur produite par le Fresnoy – Studio national, en accès libre jusqu’au 31 mai.

🎥  Open Canal à (re)découvrir : ICI
🕒  > Dimanche 31 mai

Hee Won Lee  © DR

Qui est Hee Won Lee ?

Hee Won Lee est née en 1978, à Kyung Ki – Do, Corée du Sud. Elle vit et travaille à Paris. Elle a étudié à l’École nationale supérieure d’art de Nancy de 2004 à 2009. Puis a fait partie de la promotion Straub Huillet (2008 – 2010) au Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Elle a produit, au Fresnoy – Studio national, le film « Phone tapping  » en 2009, et l’installation sonore et vidéo « 108  » en 2010. Hee Won Lee est une artiste multimédia qui développe une pratique artistique entre vidéo, graphisme, son et installation. Son travail inspiré par le quotidien, plonge dans un univers fragile et onirique. Ses projets ont été primés et présentés à de nombreuses reprises en France et à l’étranger.